Parlour Tricks ( Tours de Passe-Passe) par David Chisholm.

9 March 2012

Notes.

Récital à Melbourne, Australie.

La seule chanson que je sois à peu près capable de fredonner est La Tonquinoise. Je ne me sens pas toujours à la hauteur de la musique high-tech contemporaine qui vous terrasse sous une rame de métro ou vous enferme dans un tambour de soudains silences déchirés par des sirènes d’alarme. Aussi, je ne m’attendais pas à être submergée et transportée à ce point – par Tour de Passe-Passe, la nouvelle œuvre contemporaine de David Chisholm.

J’ai été soudain ravie comme si les notes m’avaient emportée dans un ‘genius loci’ depuis longtemps oublié, mais cependant encore familier. Etaient-ce les instruments baroques touchant les notes avec plus de douceur pensive, de passion inassouvie que les instruments modernes ? Le son m’a fait glisser dans cet état de semi inconscience hyper éveillée qui vous fait entendre plus qu’écouter. Seulement interrompue par l’apparition inopinée du Printemps, pas à pas, la poésie d’Elizabeth Campbell – rappel à l’orageuse inconstance des joies et des peines de la vie – descend dans la musique, vers le monde de non-retour de l’Hadès. Vague après vague, la voix de la puissante et douce Jessica Azsodi, au son sourire solaire et au vibrato désespéré, conjugue Deuil et Renaissance.

L’absence de narration rend à l’histoire sa présence immédiate – tel un étranger, tournant le dos dans une station essence, se retourne pour révéler le visage d’un frère. Tours de Passe-Passe (Parlour Tricks) nous tire de son univers pour nous plonger soudain dans notre propre mémoire émotionnelle. La musique mêle notre vie et celle de Perséphone inscrite dans l’étrange langage du son baroque – le passé mythique et le présent se rencontrent dans sa descente aux Enfers.

La soprano Hana Crisp qui chante Chanson Océane (Sea Song)  réveille Ophélie et la fait ressurgir à la surface de la passion féminine immergée. Dans chaque femme une Ophélie noyée a renoncé, mais la voix d’Hana Crisp la chante à nouveau à notre conscience. En un grand bruissement de sons, la musique de Chisholm contient toutes les histoires cousues dans son ourlet; elle les souffle à nos cœurs endormis et nous éveille quand, sans vraiment respirer ou vraiment penser, nous ne sentions même plus.

La Chanson des Prières (Song of Prayersraconte des femmes vêtues de jaune (écho de l’étoile jaune) contraintes à la prostitution puis, ayant atteint leur date limite de consommation, sont ensuite contraintes à la vie religieuse – deux prisons. Nous revisitons leur douleur perdue, nous retraçons leur souffrance anonyme. Cela éveille un sentiment de parenté avec ce que d’autres ont subi. Toucher le passé nous ramène le présent transformé. Ces femmes ne sont pas seules, nous rassemblons les replis invisibles de leur désespoir ; nous ne les traînons plus derrière nous dans la poussière de notre oubli, nous les élevons dans notre coeur et dans notre présent.

Arrêt d’autobus brisé.

Les carillons médiévaux nous font fouler ce passé sans pesanteur, attirés au plus profond d’une vie intérieure ignorée de tous – pour comprendre enfin. Et pourtant le clavecin, la viole de gambe et le violon baroque, rejoint par une pré-clarinette triple et les clarinettes contrebasses, recousent leur deuil, leur passion dans notre présent pendant que la musique de David Chisholm nous ouvre à un océan de compassion.

Dernière notes.

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