Irremplaçable ‘Accueil au Pays’. (Tradition aborigène.)

29 February 2012

(L’Accueil au Pays est cérémonie accomplie depuis des millénaires par les Aborigènes et les Insulaires du Détroit de Torrès pour accueillir des visiteurs dans leur terre. Cet accueil peut prendre différentes formes, selon la culture particulière des propriétaires traditionnels du lieu. Cela peut comprendre des danses, des chants, des cérémonies de fumée ou un discours dans la langue traditionnelle et en anglais.)

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Arbre Paperbark

Quand on est enfant, on nous apprend à dire Bonjour, S’il vous plaît et Merci. Oui, cela peut sembler casse pied et conventionnel quand on a quatre ans, mais plus tard cette huile dans les rouages de l’interaction humaine devient fondamentalement nécessaire. Comment nous en sortirions-nous si nous débarquions sans un ‘G’Day’ (Bon Jour) ensoleillé et sans tous ces doux ‘No Worries’ (Pas d’Inquiétudes) qui m’ont accueillie mes premiers jours à Melbourne? J’étais si habituée à la brusquerie ou à la politesse condescendante parisienne, que j’avais envie de dire ‘Vraiment? Pas d’inquiétudes?’ Voilà ce qu’à été mon Accueil au Pays.

Je suis maintenant citoyenne australienne mais on me demande toujours comment j’ai pu quitter Paris? Toute cette culture, exhalent-ils. La pierre et le ciment ne sont pas la seule culture. Les arbres, les collines, les déserts d’Australie sont ses cathédrales, ses temples de la renommée. L’émerveillement pour la nature spirituelle de ce lieu, dont la présence nous précèdent infiniment, est très différente du patriotisme qui dégénère souvent en un sens pervers de possession ou de vengeance. On tressaille à l’image de gens drapés dans le drapeau américain tombant dans les bras les uns des autres pour célébrer la mort d’un être humain.

Les Aborigènes connaissent le language intérieur de ce pays. Respecter, apprendre et inclure leurs rites le plus possible dans les cérémonies urbaines occidentales australiennes rassemble et réunit la nation d’une manière inexplicable que tout Australien peut comprendre dans ses tripes – même s’ils ne partagent pas cet avis comme Ted Baillieu.

Ted Baillieu

Quand Jeff Kennett a félicité la décision courageuse de Ted Baillieu de resister à la mentalité ‘politiquement correcte’ en renonçant  à l’Accueil au Pays, je me sentie remplie de tristesse et de honte. Bien sûr que l’Accueil au Pays peut parfois paraître emprunté et contraint, surtout quand la personne qui fait le discours ne croit pas dans ce qu’elle dit. Tel l’enfant qui se rebelle contre les entraves de la courtoisie à un âge où il veut seulement commettre des rapines et dicter ses exigences, tout comme il saisissait le téton de sa mère si peu de temps auparavant, il nous faut accepter l’Accueil au Pays comme un remerciement, une reconnaissance de la nature spirituelle de cette terre. Quasiment toutes les occasions où j’ai entendu un Ancien Aborigène faire l’Accueil, j’ai eu les larmes aux yeux, mais j’ai aussi été touchée quand un non-Aborigène suit la tradition de l’Accueil au Pays en croyant à qu’il ou elle dit.

Peut-être que tout le monde ne l’exprime pas avec la même intensité, mais la courtoisie envers la terre mère que nous avons pillé et volé à leurs habitants d’origine est nécessaire même si la myopie et la philosophie à court terme de certains politiciens trouvent cette tradition, pourtant peu contraignante, plus ‘politiquement correcte’ que nécessaire. On pourrait aussi dire qu’elle leur met les bâtons dans les roues.

Manifestation à Melbourne. Les manifestants marchaient à reculons.

Cela évoque la théorie de Jay Gould sur l’ontogenèse and la phylogénie. Par extension, la cadence à laquelle une culture et une génération évoluent n’est pas toujours en harmonie. L’Australie est une terre qui vient du fond des âges. Nous sommes une pellicule à la surface de son histoire. La richesse de la spiritualité aborigène et son sens du comportement approprié dans chaque situation est ce qui a rendu ce pays unique en son genre sur la planète, un pays vers lequel les gens affluent car ils sont interpellés par quelque chose d’inexplicable.

La terre d’Australie est si ancienne. Pour un Européen, il suffit d’en verser une poignée dans sa main et la laisser filer, soyeuse et grise, entre ses doigts, de toucher un arbre Paperbark dont le tronc ressemble à du papier déchiqueté, de lever les yeux vers le ciel gigantesque, de marcher dans le bush tourmenté ou de croiser le regard arrogant d’un kangourou pour aussitôt ressentir la sage et ancienne présence de ce continent. Nous aussi, nous devons grandir.

Vieille, vieille Australie.

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